Les zones touristiques prioritaires

 

Fort-Liberté 

Le site de ce grand bassin marin abrité présente de par son étendue, sa configuration et son intérêt historique et écologique une aptitude touristique exceptionnelle, à proximité de la frontière dominicaine de surcroît. Il est le seul dans la région Nord qui soit qualifié pour l’implantation d’un “ressort”.

En termes d’aménagement, l’Etat peut prendre l’initiative d’y faire réaliser le premier “ressort” haïtien puisqu’il est propriétaire du sol: l’opération de développement serait exemplaire par son contenu et par son mécanisme impliquant l’intervention des acteurs publics et privés sous forme d’un partenariat juste et durable, par exemple dans le cadre d’une société d’aménagement de type “économie mixte”.

Un projet de port commercial et de complexe industriel serait actuellement envisagé sur le même site. Un choix s’impose aux Autorités. Comme il n’existe pas de site alternatif au “ressort”, il convient d’en examiner un pour le futur grand port du Nord, près d’un bassin de population de préférence (zones de la Baie de l’Acul et de Port-de-Paix). Un effet complémentaire de ce transfert serait de dégager le site hautement touristique de Cap-Haïtien du trafic maritime lourd: le port du Cap pourrait retrouver son aptitude antérieure d’accueil des paquebots de croisière, ce qui favoriserait la réhabilitation de la ville historique. Le choix final sera fait sur la base de dossiers impartiaux établis de manière comparable par un service indépendant des intérêts en jeu. Des éléments relatifs au choix d’un autre site portuaire sont donnés dans le rapport général.

Le document figuré ci-après présente le schéma d’un parti d’aménagement de principe pour réfléchir sur le développement conjugué des fonctions touristiques et urbaines.

La zone de Phaéton, à l’ouest, permet d’installer 6’000 chambres réparties en cinq sites ainsi qu’un “centre d’animation de station”, une “marina” et deux golfs (un type d’équipement recommandable dans le cadre de la concurrence en région Caraïbe). La zone de Dérac, à l’est, offre une capacité complémentaire de 4’000 chambres en trois sites, un centre d’animation, une seconde “marina” et un autre golf.

Dans une stratégie de développement régional, sur ce terrain de domaine public, le Gouvernement va devoir se déterminer sur l’affectation à une fonction portuaire et industrielle ou à une fonction touristique. Ce choix se traduit par des implications socio-démographiques. Les 10’000 chambres programmables à terme représenteront 14’000 emplois directs, le double d’indirects. Un emploi direct se traduit par la fixation de 7 personnes en moyenne. On doit donc prendre conscience que les collectivités locales de Fort-Liberté, Phaéton et Dérac sont appelées à devenir des points d’ancrage de cette stabilisation démographique.

A terme, c’est une communauté d’une centaine de milliers d’habitants qui pourrait s’étaler sur le site. La préparation d’un plan d’urbanisme s’impose. Celui-ci pourrait être exemplaire. Exemplaire en effet est la problématique de base. Des infrastructures importantes vont être requises de toute manière pour la station balnéaire (alimentation en eau, électricité, station d’épuration…): leur dimensionnement peut être ajusté à une demande plus forte pour des coûts modérés (économies d’échelle à attendre). Dès le stade de l’étude de faisabilité de la station, il conviendra de fixer la manière de mettre en place ces équipements de manière à ce qu’ils bénéficient aux deux populations si différentes, en précisant les principes de péréquation des besoins et des charges.

 

Saint-Marc et la Côte des Arcadins

Cette zone regroupe deux entités et deux types de station balnéaire liées par la RN1 (la route nationale no1): Saint-Marc, la concentration en “ressort”, la Côte des Arcadins, un chapelet de petites unités hôtelières à personnalité autonome insérées dans la verdure.

Sur le rivage sud de la Baie de Saint-Marc on peut envisager un programme de 3’000 chambres environ: hôtels, villas, “condominiums” que pourrait encadrer un golf aux perspectives panoramiques. La vocation balnéaire serait complétée par une marina et une escale pour paquebots (accueil de clientèles maritimes). En prolongation vers l’Ouest, jusqu’à Tamarin, le “ressort” de Saint-Marc trouvera une aire d’extension sur la longue plate-forme qui portait un chemin de fer il y a quelques décennies.

Le second élément de la zone se fonde sur 30 km de rivage déjà consacrés à la vocation balnéaire (Club Méditerranée, Moulin-sur-Mer, Kyona Beach, Calicot). Des portions de rivage restent à aménager, d’autres à protéger. S’épaulant sur cette zone et longeant la RN1, sur sa rive Est, un périmètre à développement linéaire devrait d’ores et déjà faire l’objet d’une protection. Cette zone d’accompagnement est appelée à devenir l’extension naturelle de la frange balnéaire actuelle, trop étroite. Y prendront place naturellement des programmes hôteliers, des activités de service et des implantations villageoises suscitées par les activités croissantes. Aujourd’hui dénudée, cette arrière-zone, de même nature géologique que le cordon entre route et rivage, pourra être repaysagé: forages, plantations et entretien. Vu la densification de l’habitat et la fréquentation à prévoir, cette zone devra faire l’objet d’un plan d’aménagement.

 

Aquin et Saint-Louis-du-Sud

Cette zone dispose d’un déploiement de rivage dont le découpage est le plus spectaculaire du pays. En contrepoint une gamme d’îles et d’îlots ponctue la mer à proximité. Sur une distance de 15 km à vol d’oiseau, à titre paysager ou balnéaire, on peut reconnaître une vocation touristique à 8 sites distincts: Magicap / Girondel, Pointe-Fety, Cocoyer Anglade, Petit Nicolas, Petite et Grande Baies du Merle, Baie des Flamants, Ile à Vache.

La vocation d’un neuvième site, la Baie de Saint-Louis-du-Sud, est en suspens. Intéressant pour la fonction touristique, il est sérieusement considéré comme apte à la création d’un port de commerce. L’ensablement endémique du port des Cayes conduit à chercher un site alternatif: la baie de Saint-Louis serait le seul possible.

La configuration de presqu’île allongée entre mer et lagune au Sud de la ville d’Aquin confère une autonomie physique au site de Magicap / Girondel. Son profil affirmé, la diversité résultant de la présence de trois mornes, la succession de ses plages: la vocation touristique s’impose. Cette topographie particulière dégage deux unités paysagères complémentaires, autrement dit deux “resorts” liés: Magicap et Girondel. Leur capacité respective serait de 3’000 et 2’000 chambres. Un golf de transition entre plaine et piémont pourrait bénéficier de percées exceptionnelles sur les versants nord et sud. Sur le rivage nord de Girondel, un site abrité au tirant d’eau suffisant permettrait l’aménagement d’une marina. Une liaison nautique avec Aquin prendrait quelques minutes.

La mise en valeur de ce site implique l’élaboration d’un plan d’aménagement. Ceci devra se faire en prenant en compte les infrastructures de la zone élargie et les besoins des populations avoisinantes. Le site d’un aéroport à vocation régionale a été identifié à proximité d’Aquin. Sa réalisation serait un facteur dynamisant pour l’ensemble de la zone, et pour le complexe touristique en particulier.

 

Jacmel et Marigot

Chargée d’histoire, centre de création artistique, la ville de Jacmel est elle-même pôle touristique. La rénovation de son quartier central et de son marché est attendue. Elle est également la tête de pont d’une zone touristique suivant le linéaire côtier qui conduit à Marigot, à l’est. Plus que toute autre, cette zone présente la “tropicalité” classique attendue par les touristes: une succession de plages claires frangées de cocotiers, des piémonts de morne encore couverts de végétation, des villages animés environnés de cultures. Au total, une image devenue inhabituelle sur beaucoup de rivages haïtiens: la fertilité.
 
La conséquence de cette relative prospérité est la rareté des parcelles disponibles. L’implantation des unités hôtelières pourrait être matière à débat, au moins tant que le tourisme n’aura pas démontré dans d’autres zones que son développement est bénéfique aux populations locales. Dans un premier temps donc, l’hébergement touristique devrait être centré sur Jacmel. Par la suite, 2’000 chambres pourraient être implantées en plusieurs sites sous réserve de pouvoir acquérir les terrains nécessaires, ce qui sera onéreux. Il sera de plus nécessaire de déplacer la route côtière vers les piémonts afin de desservir de l’arrière, en peigne, les hôtels et les villages; le coût de ce transfert sera élevé, ce qui incite à reporter à une phase ultérieure le développement touristique de cette côte.

 

Polarisation hors-zone: Port-au-Prince et La Gonâve

Le centre du pays, historiquement appelé l'”Ouest”, peut être considéré, du point de vue de la ressource touristique, comme un doublet: la grande ville et l’île.
 
Port-au-Prince est le centre du dispositif national de l’activité touristique. Il le restera. La ville n’est pourtant pas à la hauteur des ambitions affichées. Les moyens financiers manquent, mais aussi la détermination dans la gestion urbaine. Ceci est au centre des préoccupations des responsables actuels. Un “Plan directeur d’urbanisme et d’extension de la zone métropolitaine” est en préparation. Il n’est pas le premier: il doit impérativement conduire à des résultats visibles en matière de salubrité publique, de circulation, d’aménagement de zones préparées pour le commerce informel.
 
A la charge de l’Autorité centrale figurent l’amélioration de l’accueil à l’aéroport, l’établissement d’une circulation libre sur la RN1 / bd Truman / RN2, la sauvegarde des bâtiments historiques, l’aménagement du Champ-de-Mars… Un centre polyvalent de conférences est évoqué: c’est du ressort de l’initiative privée qui, appuyée sur une solide étude de marché, s’engagerait sur un projet réaliste aisément relié à l’aéroport et au centre économique de la capitale; la réhabilitation de ses abords dans le cadre de l’aménagement urbain serait souhaitable. Sans préjuger du dimensionnement de l’opération, son site ne devrait pas être déterminé à la légère: un tel complexe générateur d’activités importantes constitue un nouveau centre de gravité qui aura des incidences sur le développement de la capitale.
 
L’île de la Gonâve présente un cas intéressant. Elle est connue avant tout pour sa production de charbon de bois, ce qui n’est guère valorisant, et par les spécialistes comme un gîte de vestiges précolombiens; et elle a pourtant 8 km de plages. Elle est accessible par mer de Port-au-prince, et plus simplement de Montrouis. La desserte actuelle est aléatoire. L’île est sous-équipée. Il est proposé d’en faire un aménagement mixte qui, tout en améliorant les conditions de vie des populations insulaires, développerait une petite station balnéaire d’un millier de chambres sur la pointe Sud-Est. La disponibilité en eau douce modulera les possibilités de développement. Un équipement public majeur sera un Centre de recherches éco-agronomiques international (le CREAG) dont la vocation sera de définir des solutions de réhabilitation de la fertilité et de la productivité des sols en fonction des spécificités des zones, et de s’adresser aux recherches pré-colombiennes. Ce centre recevrait pour des travaux expérimentaux des chercheurs et universitaires de toutes les origines géographiques concernés par la restauration des milieux productifs en zone tropicale. Il constituerait un pôle d’attrait pour des segments de clientèle touristique sensibles aux actions de protection du milieu.